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L’évolution d’un cancre

vendredi 23 novembre 2007, par Bao

Il est 8h et je regarde les élèves se regrouper devant le bâtiment. La cloche sonne et tous passent de la fraîcheur matinale à la tiédeur des salles de cour...

Chaque matin j’avais cette même impression. L’impression d’être quelqu’un hors de la classe et de cesser d’exister, une fois la porte passée. Somnoler d’heures en heures, au fil des matières qui s’égrainaient sans relâche, supporter les professeurs et leur pouvoir soporifique.
Mon seul remède, je le trouvai en fin de scolarité : la lecture. Ce fut la seule chose qui me tint éveillée et un minimum attentive en cours.

Lire, m’évader, sortir de cette classe, était devenu une obsession. Ce moyen me permettait de rester concentré sur le cour, de ne pas m’endormir et de suivre au mieux ce que les profs nous racontaient. Aucun de mes profs n’a voulu comprendre mes explications quand, interpellée, le levais la tête de mon bouquin. Suivre un cour en lisant leur semblait totalement impossible et illogique. C’est qu’ils ont une logique implacable ces prof, on sort de la ligne, du cadre, des rails, et on est fiché (fichus aussi).

Si je remonte dans mes souvenirs de l’école primaire, il ne me reste pas grand chose... une année de CE2 passée presque entièrement dehors, parce que ma classe donnait sur un balcon et que faisant constamment le pitre, j’atterrissais dehors systématiquement.
Un CP désastreux qui semble m’avoir définitivement dégoûtée de l’école... au coin toute la journée, impossible d’aller aux toilettes, cette année m’a paru infiniment longue.
Les seuls cours où je prenais plaisir à être et à participer étaient les cours de sport. Si jeune, je m’ennuyais déjà en cours alors que j’avais tout à y apprendre ! Les tables de multiplication restent un épisode douloureux, parmi tant d’autres... J’aimai me mettre en scène, réciter des poésies, courir, m’exprimer physiquement, mais pas copier des lignes ou écrire des réciter des tables de multiplication, non merci !

Ensuite, il y a eu le collège où je me suis retrouvée parmi les plus jeunes en 6e, dans une classe d’élites (je faisais Allemand en LV1, alors forcément) où je n’arrivais pas à suivre. On m’a vite changé de collège pour une école moins traditionnelle, plus ouverte et à l’écoute.
Mes notes ont quelque peu remonté, mais je restais hermétique à la physiques et aux mathématiques. Ce n’est qu’en 2nd que j’ai appris à apprécier les Maths à cause de leur implication dans la vie, l’économie, etc. La physiques, je n’y comprends toujours rien.

Certain profs m’ont marqué aussi.
Mon prof de Maths de 2nd, qui a su me faire passer un peu de sa passion pour la matière qu’il enseignait avec un tel enthousiasme. Ma prof de français de 2nd et 1ère qui a su voir en moi quelques talents en rédaction. Enfin on m’a sorti de ma bulle, de cette nullité dans laquelle la succession de bulletins scolaires m’avait enfermé ! Grâce à eux (et à d’autres) j’ai trouvé la motivation necessaire pour avoir mon bac et poursuivre des études supérieures.

Et vous, quel genre d’élève étiez-vous ?

Messages

  • J’ai la larme à l’oeil en lisant tes lignes... Bon ou mauvais, motivé ou non, sérieux au travail ou désireux d’horizons lointains, on a tous été élèves et on en garde de plus ou moins bons souvenirs. Mais pour moi qui me destine à passer de l’autre côté, celui de la force obscure des prof qui s’apprêtent à laisser de tels souvenirs dans les têtes de leurs élèves à venir, quel est l’avenir ? Etre confronté toute sa vie à des élèves qui souffiront à l’idée même de rentrer dans une salle de classe ?

    Alors je me demande : Et vous, quel genre de prof seriez-vous ? :-)

  • C’est drôle, ce soir à table ma fille m’a demandé pourquoi je n’ai pas repassé le concours pour prof de collège.

    Oh je n’ai pas eu le courage de réessayer.

    Lui répond, " de toute façon, je n’aurais pas aimé t’avoir comme prof.

    Et sa soeur d’ajouter " moi j’aurais demandé à chager de classe"

    ça résume tout.

    Ils pensent que je suis trop "rigide". Je les aurais sans doute terrorisés alors que ce n’est pas mon intension.

    J’aurais fait un bon prof dans le sens où j’aurais voulu refaire le monde, je n’aurais voulu que la réussite de tous.

    Mais ne serait ce pas utopique ?

    Voir en ligne : http://jeasuisaceaqueajeasuis.blogs...