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Mon grand escalier

Publié dans la catégorie Mes créations, le 17 septembre 2007

Il faisait froid aujourd’hui et je me suis dépêché de rentrer chez moi. Le ciel au-dessus de l’arche était sombre dés 15h. On se serait cru en plein hiver. Une pluie glacée s’est mise à tomber et j’ai vu les passants s’agglutiner sous les porches des immeubles ou dans les boutiques.

Je vis seul depuis quatre ans. Ma femme et mon fils sont partis vivre ailleurs… je devais mal assumer mon rôle de mari et de père, je pense. Alors depuis je suis seul et c’est peut être mieux ainsi. Je n’ai pas fréquenté d’autres femmes après le départ de ma femme, il vaut mieux ne pas faire deux fois les mêmes erreurs. Parfois, quand je ne sais plus quoi faire et que je veux sortir de mon quotidien rouillé, je prends ma voiture et je roule, sans m’arrêter, dans n’importe quelle direction. Tu vas me dire : c’est un peu stupide de vivre ainsi… je n’ai même plus envie de me poser la question. Il me semble que mon fils et ma femme me manquent aujourd’hui. Je contrôle mes émotions comme je peux, mais elles sont toujours là.

Ce soir, je n’ai pas pu me retenir et j’ai pleuré en remontant le courrier. Par joie ? Par désespoir ? Je ne désespère plus et n’espère plus non plus. Je survie et ça suffit comme but pour se lever le matin. J’ai remonté cette enveloppe de la boite aux lettres. Pour une fois que je reçois autre chose que les factures télécoms ou EDF ! J’ai oublié de dire que depuis que ma femme est partie, je parle de moins en moins. Au boulot, j’ai pas le choix, alors je communique l’essentiel. Quand j’étais enfant, on me répétait que j’étais trop bavard. Pour suivre les conseils de mes chers parents, j’ai arrêté de parler et me suis consacré à l’écriture. C’est pour ça que je suis devenu journaliste dans le magazine Première. Entre écriture et cinéma, il n’y avait pas beaucoup de place pour ma famille.

J’ai posé le courrier sur la table, jeté un regard furtif à la diode du répondeur qui ne clignote jamais et j’ai été prendre une bonne douche. C’est en ouvrant une boite de thon pour le dîner que j’ai remarqué cette enveloppe. Elle était en papier kraft, de format B3. L’écriture, à l’encre noire, m’était inconnue. Elle semblait peser lourd vu le timbre de 4,50 fr qui lui avait permis d’arriver ici. J’ai d’abord cru à une erreur. Puis, après avoir regardé de près ce petit paquet, je me suis résolu à l’ouvrir.

Je ne sais pas qui l’a envoyé. Dedans, j’ai trouvé une dizaine de dessins de mon fils, Max. Sur chacun, j’ai remarqué qu’il y avait un soleil, à tous les coins gauches. Je les ai tous regardé, un par un. Il y avait toujours ce petit soleil. Et puis l’un d’eux m’a interpellé. Il y avait un gigantesque escalier qui montait vers ce soleil. Au milieu, une silhouette gravissait les marches irrégulières, une à une. Ce dessin, je l’ai fait des centaines de fois quand j’étais enfant. Le même escalier, le même soleil. Alors que tous les enfants dessinaient des bonshommes, des maisons, des voitures, etc. moi, je dessinais des escaliers et des soleils. Même si je n’ai pas su pourquoi on m’avait envoyé ces dessins, c’était sans doute la plus belle chose que j’avais jamais reçu de mon fils. Comme un sourire en ce jour pluvieux.

Ce soir, je me suis dit que, même absent, j’avais peut être un rôle à jouer et une place à tenir. Au moins pour lui. Pouvoir être fier, juste parce que je veux que mon fils soit fier de son père, un jour.

Je me suis rendu compte qu’il n’était pas différent de moi et que, même éloignés l’un de l’autre, nous serions toujours ensemble. J’ai rangé ma cuisine et j’ai mis de la musique. Vers 1h du matin, avant de t’écrire tout cela, j’ai re-décorer tout le mur de ma petite chambre, rue Cambon, avec les dessins de Max ! Peut être que personne ne verra que ma vie est en train de changer, mais un jour ils me verront tel que je suis. J’ai pensé qu’il fallait peut être que je réponde à cette lettre, que j’envoie moi aussi ce que j’avais de meilleur. Ma vie est monotone, je ne fais rien. Que pourrais-je bien envoyer ? Il n’y a rien dont je sois fier ! Et puis, en cherchant bien, j’ai retrouvé une petite photo de Max. Il y avait une adresse sans nom derrière un des dessins. Je l’ai reporté sur une enveloppe et j’y ai glissé la photo de mon fils : la plus belle chose dont je sois fier aujourd’hui.

Ce sera ma raison de vivre à présent et si je ne dors pas cette nuit, je sais que je dormirai mieux à l’avenir.


3 commentaires

  • 10 janvier 2008 18:59, par libellencre

    votre texte est touchant d’émotion,il me rapelle combien les choses simple peuvent nous ramener à la réalité et nous faire valoir que l’on vaut quelques choses ,que quelque part ont pense à nous ,que de simple choses peuvent nous bouster et nous rendre moin monotonme ;
    j’ai aimé vous lire,pourrai je prendre simplement ce texte pour le mettre sur mon blog,pour simplement montrer l’émotion et la simplicité qi en découle ? il n’y a aucune signature,mais pourrais faire un lien vers votre blog,pour ceux ou celles a qui sa interresse de continuer à vous lire ; voila je vous remercie ;

    anne libellencre


  • 14 mai 2009 17:52, par Galstar

    Bonjour,
    Je vis actuellement une expérience ayant des similitudes avec celle décrite dans Mon-grand-escalier. Je trouve que tu as trouvé les mots justes pour en parler. Merci. _ :)


  • 15 mai 2009 11:45, par Bao

    Merci Galstar pour votre commentaire :)




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