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Un grand hommage pour un grand homme

Publié dans la catégorie Actualités, le 17 août 2005

Taizé, c’est là que j’ai rencontré Dieu, à 5 ans.

C’est là que j’ai appris à le connaître, à Olinda, avec d’autres enfants, en suivant les prières de la journée. A l’époque, l’église n’était pas encore construite, il y avait seulement des tentes sous lesquelles on se tassait pour écouter les offices.
Toutes les semaines, je me précipitais pour la fête des lumières, pour aller près de la lampe, au milieu des frères et diffuser la lumière au moment venu. Frère Roger, je l’ai rencontré, étant petite, c’était un peu un grand père pour moi. Alors forcément, aujourd’hui, je ressens comme un pincement en me disant qu’il aurait mérité une mort plus digne que celle-ci. Je sais qu’il est en paix maintenant, auprès du Seigneur.
J’espère que les jeunes chrétiens qui continueront d’aller à Taizé, n’oublieront pas les enseignements de Frère Roger...voici justement la lettre qu’il avait écrite pour 2005 :

« Dieu prépare pour vous un avenir de paix et non de malheur ; Dieu veut vous donner un futur et une espérance. »

Des multitudes aspirent aujourd’hui à un avenir de paix, à une humanité libérée des menaces de violence.

Si certains sont saisis par l’inquiétude du futur et s’en trouvent immobilisés, il y a aussi, à travers le monde, des jeunes inventifs, créateurs.

Ces jeunes ne se laissent pas entraîner dans une spirale de morosité. Ils savent que Dieu ne nous a pas faits pour être passifs. Pour eux, la vie n’est pas soumise aux hasards d’une fatalité. Ils en sont conscients : ce qui peut paralyser l’être humain, c’est le scepticisme ou le découragement.

Aussi ces jeunes cherchent-ils, de toute leur âme, à préparer un avenir de paix, et non de malheur. Plus qu’ils ne le supposent, ils parviennent déjà à faire de leur vie une lumière qui éclaire autour d’eux.

Il en est qui sont porteurs de paix et de confiance là où il y a des ébranlements et des oppositions. Ils persévèrent même quand l’épreuve ou l’échec pèsent sur les épaules.

À Taizé, certaines soirées d’été, sous un ciel chargé d’étoiles, nous entendons les jeunes par nos fenêtres ouvertes. Nous demeurons étonnés qu’ils soient si nombreux.

Ils cherchent, ils prient. Et nous nous disons : leurs aspirations à la paix et à la confiance sont comme ces étoiles, petites lumières dans la nuit.

Nous sommes dans une période où beaucoup se demandent : mais qu’est-ce que la foi ? La foi est une confiance toute simple en Dieu, un élan de confiance indispensable, sans cesse repris au cours de la vie.

En chacun, il peut y avoir des doutes. Ils n’ont rien d’inquiétant. Nous voudrions surtout écouter le Christ qui murmure en nos cœurs : « Tu as des hésitations ? Ne t’inquiète pas, l’Esprit Saint demeure toujours avec toi. »

Il en est qui ont fait cette découverte surprenante : l’amour de Dieu peut s’épanouir aussi dans un cœur touché par des doutes.

Dans l’Évangile, une des premières paroles du Christ est celle-ci : « Heureux les cœurs simples ! » Oui, heureux qui avance vers la simplicité, celle du cœur et celle de la vie.

Un cœur simple cherche à vivre le moment présent, à accueillir chaque jour comme un aujourd’hui de Dieu.

L’esprit de simplicité ne transparaît-il pas dans la joie sereine et aussi dans la gaieté ?

Un cœur simple n’a pas la prétention de tout comprendre de la foi à lui tout seul. Il se dit : ce que je saisis peu, d’autres le comprennent mieux et m’aident à poursuivre le chemin.

Simplifier sa vie permet de partager avec les plus démunis, en vue d’apaiser les peines, là où il y a la maladie, la pauvreté, la faim...

Notre prière personnelle est simple elle aussi. Pensons-nous que, pour prier, il y a besoin de beaucoup de paroles ? Non. Il arrive que quelques mots, parfois maladroits, suffisent pour tout remettre à Dieu, nos craintes comme nos espérances.

En nous abandonnant à l’Esprit Saint, nous allons trouver la voie qui va de l’inquiétude à la confiance. Et nous lui disons : Esprit Saint, donne-nous de nous tourner vers toi à tout moment. Si souvent, nous oublions que tu nous habites, que tu pries en nous, que tu aimes en nous. Ta présence en nous est confiance et continuel pardon.

Oui, l’Esprit Saint allume en nous une lueur. Serait-elle toute pâle, elle éveille en nos cœurs le désir de Dieu. Et le simple désir de Dieu est déjà prière.

La prière n’éloigne pas des préoccupations du monde. Au contraire, rien n’est plus responsable que de prier : plus on vit une prière toute simple et toute humble, plus on est conduit à aimer et à l’exprimer par sa vie.

Où trouver la simplicité indispensable pour vivre l’Évangile ? Une parole du Christ nous éclaire. Un jour il dit à ses disciples : « Laissez venir à moi les enfants, les réalités de Dieu sont à ceux qui leur ressemblent. »

Qui dira assez ce que certains enfants peuvent transmettre par leur confiance ?

Nous voudrions alors demander à Dieu : « Dieu qui nous aimes, fais de nous des humbles, donne-nous une grande simplicité dans notre prière, dans les relations humaines, dans l’accueil... »

Jésus, le Christ, est venu sur la terre non pas pour condamner quiconque, mais pour ouvrir aux humains des chemins de communion.

Depuis deux mille ans, le Christ demeure présent par l’Esprit Saint, et sa mystérieuse présence se fait concrète dans une communion visible : elle réunit des femmes, des hommes, des jeunes, appelés à avancer ensemble sans se séparer les uns des autres.

Mais voilà que, au long de leur histoire, les chrétiens ont connu de multiples secousses : des séparations ont surgi entre ceux qui pourtant se référaient au même Dieu d’amour. Rétablir une communion est urgent aujourd’hui, cela ne peut pas être sans cesse remis à plus tard, jusqu’à la fin des temps. Accomplirons-nous tout pour que les chrétiens s’éveillent à l’esprit de communion ?

Il est des chrétiens qui, sans tarder, vivent déjà en communion les uns avec les autres là où ils se trouvent, tout humblement, tout simplement.

A travers leur propre vie, ils voudraient rendre le Christ présent pour beaucoup d’autres. Ils savent que l’Église n’existe pas pour elle-même mais pour le monde, pour y déposer un ferment de paix.

« Communion » est un des plus beaux noms de l’Église : en elle, il ne peut pas y avoir de sévérités réciproques, mais seulement la limpidité, la bonté du cœur, la compassion... et parviennent à s’ouvrir les portes de la sainteté.

Dans l’Évangile, il nous est offert de découvrir cette réalité surprenante : Dieu ne crée ni peur ni inquiétude, Dieu ne peut que nous aimer.

Par la présence de son Esprit Saint, Dieu vient transfigurer nos cœurs.

Et, dans une prière toute simple, nous pouvons pressentir que nous ne sommes jamais seuls : l’Esprit Saint soutient en nous une communion avec Dieu, non pas pour un instant, mais jusque dans la vie qui ne finit pas.

frère Roger, de Taizé


5 commentaires

  • 17 août 2005 12:30, par titevache

    je trouve sa lettre merveilleuse, pleine d’Espoir, Espoir qui manque parfois un peu aujourd’hui...
    J’ai eu l’occasion de la découvrir et de le voir, malheureusement, une dernière fois début juillet lors de notre séjour à Taizé avec les jeunes de mon aumonerie...
    Jeunes qui furent bluffés de voir un homme, agé comme l’était frère roger, amener des foules, des foules de jeunes, dans le fin fond de la france...
    Une phrase d’une de mes jeunes restera l’hymne de notre séjour : "TAIZE, C’EST LE TROU DU CUL DU MONDE, MAIS ON Y PARLE TOUTES LES LANGUES DU MONDE !!!!"
    et ceci, c’est grâce a cet homme extraordinaire que fut Frère Roger... et qui aujourd’hui a prit place près du Seigneur...

    Merci Bao pour cet hommage


  • 17 août 2005 16:26, par Bao

    C’est à Taizé que j’ai commencé à vivre en famille, que j’ai appris à vivre avec d’autres gens.

    C’est aussi là que j’ai commencé à prier et à parler dans plein de langues...

    Je suis sûre que les jeunes qui continueront à y aller, sauront reconnaitre tout le travail accompli par Frère Roger.


  • 18 août 2005 15:21, par jar0d

    Magnifique...


  • 29 août 2005 09:51, par Mélie

    J’étais en camp avec des handicapés mentaux quand on l’a appris. Alors après, il y a eu cette longue discussion, et ce pincement au coeur, parce que Taizé... Voilà, Taizé. Il n’y a rien à dire. Et la semaine suivante, quand on était juste notre équipe JEM, le temps spi du jour de son enterrement était consacré à sur ce que Taizé nous avait apporté. C’était triste, avec des secrets qu’on ose enfin dire, des larmes qui roulent sur les joues, et puis... Je ne sais pas. Se rendre compte que ça a été une étape importante, ces quelques jours d’avril, même si je ne suis pas croyante. Et que ça m’a aidée. Vraiment. A ouvrir les yeux sur mes conneries, et à ne plus les recommencer.


  • 29 août 2005 10:54, par Bao

    On rentre toujours un peu transformé de Taizé... chacun a sa façon, on y trouver quelque chose qu’on était pas forcément venu chercher. C’est un lieu magique.

    RDV à Milan, Mélie ?




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